Les voyages du Flying Shark

Star Wars Saga Edition

Résurgences

Remuer le passé fait remonter à la surface son lot de secrets en gros remous poisseux. Mais si les motivations de Justice, terroriste anti-humain depuis longtemps disparu, et les magouilles qui entourent le mystère du détournement de la Flèche de Talus peuvent revêtir quelque intérêt, l’équipage du Flying Shark se pose une question légitime : qu’y a-t-il à gagner à s’absorber dans cette affaire sachant que Durga le Hutt a obtenu satisfaction et que la galaxie regorge d’opportunités. Qu’il s’agisse de combattre l’Empire qui étreint dans sa poigne de fer les peuples de milliers de mondes ou de mener librement son navire, le regard vers les étoiles en quête de luxe et d’aventures, que Justice et le malheureux survivant de ses lointaines exactions ont-ils à offrir ?

Mais après tout, le rescapé du massacre, Kala Nesh a sans doute de la valeur et le réseau de terroristes réveillé par la découverte de la Flèche de Talus peut être un levier à exploiter.

L’équipage du Shark décide de se pencher sur deux pistes :

  • Dana Taduska, l’enquêtrice de la CorSec dont l’échec à sauver la famille Nesh et capturer Justice a été exploité par ceux qui constitueraient quatre ans plus tard la faction séparatiste pour mettre en évidence la faillite de la République.
  • Kalum Talender, comptable basé dans le district du Village de Teeno, à Coronet, responsable des mouvements de fonds qui alimentent la féroce cellule terroriste sullustéenne du Syndicat des Mineurs d’Inyusu Tor représentée sur Corellia par l’illuminé Keyes Nassani.

Coronet City

L’enfant sauvage

Une communication du Dr Kerani qui traite Kala Nesh sur Bothawui apporte d’importantes révélations sur le survivant de la Flèche de Talus. Des analyses approfondies montrent qu’il est impossible que Kala ait passé trente ans dans l’épave du vaisseau. Le Docteur affirme que le garçon a été maintenu en animation suspendue pendant plus de vingt ans. De plus, il présente des cicatrices et séquelles correspondant à de graves blessures infligées il y a quelques années et traitées chirurgicalement. Kerani pense que Kala n’est pas resté éveillé et en activité dans l’épave plus de quatre ou cinq ans.

L’équipage du Shark tente de retracer les événements. Il y a 28 ans, la Flèche de Talus est détournée et ses passagers exécutés. D’une manière ou d’une autre, Kala, encore jeune enfant, échappe au massacre et finit en animation suspendue, sans doute dans une baie médicale du vaisseau. Environ 24 ans plus tard, il y a quatre ans, il subit de graves blessures mais est soigné sommairement et en réchappe. Pendant quatre ans, il survit dans le vaisseau enseveli avant d’être redécouvert par le Flying Shark. Cela peut laisser supposer que quelqu’un s’est introduit il y a quatre ans dans l’épave, a grièvement blessé Kala Nesh avant de l’abandonner à son sort. La seule concordance identifiable est la cessation il y a quatre ans du financement des cellules terroristes sur ordre du Bureau de la Sécurité Impériale.

Une enquête sabotée

Dal Una et Eena Draff empruntent le Shark et quittent Coronet pour l’arrière-pays. Direction Marotaï, une bourgade agricole fanée qui devait du temps de la République tenir lieu de capitale provinciale. Après avoir laissé derrière lui les flèches transparentes qui dominent la côte et survolé au crépuscule d’immenses prairies d’herbe haute aux reflets dorés, le Shark arrive en vue de Marotaï. La ville, typique des installations industrielles temporaires qui n’ont jamais su trouver leur personnalité, est perdue dans une mer de champs cultivés où des moissonneuses colossales avalent des tonnes de grain dans un nuage de poussière ocre et de droids.

Un agent du BSI

Les rues de Marotaï sont sillonnées par les forces de maintien de l’ordre du Bureau de la Sécurité Impériale dirigées par la major Dana Taduska. Dal Una donne de la voix et du galon et les matamores qui mettent la ville sous coupe réglée craignent soudain pour leur petit confort mesquin et conduisent les deux Twi’leks au centre de sécurité. Ambiance nocturne blafarde et anonyme, murs défraîchis et lumières agressives, quelques vieilles affiches de propagande impériale. Dana Taduska est une femme d’une cinquantaine d’années à l’uniforme strict et aux cheveux gris coupés en carré austère, coincée dans un bureau minuscule. Prenant d’abord Una et Draaf pour des journalistes venus remuer le vieux scandale de Justice, elle laisse rapidement éclater son amertume. Jeune agent de la CorSec, elle était en charge de l’enquête sur Justice et progressait bien. Elle avait compris que le terroriste basait ses actions sur des théories radicales promptes à exciter les hormones des étudiants de l’époque. Elle avait mis le doigt sur la responsabilité de Num Dee dans la rédaction des Îles Sauvages et sur le trio agité qu’il formait avec deux autres étudiants, Lu-Ba-Kami, étudiant céréen au centre de propulsion et Kessa Oko, un rodien en école de finance et commerce. Ce même Kessa  Oko qui avait accusé de l’assassinat de Num Dee un humain étudiant dans le même département que Lu-Ba-Kami. Sans oublier que le droid IG-86 retrouvé dans le Flèche de Talus appartenait au clan rodien Oko.

Quelques semaines après la disparition définitive de la Flèche de Talus et de Justice, elle s’intéressait déjà aux mouvements terroristes qui émergeaient subitement dans le secteur corellien.

Et là, le service juridique de la surpuissante Corporation Technique Corellienne lui faisait comprendre qu’il valait mieux laisser tomber l’affaire. Incompréhensible, vu que le détournement de la Flèche de Talus avait abouti à l’exécution de toute la famille Nesh, dont le père était membre du Conseil d’Administration de la compagnie. Que la CTC bloque les recherches conduisant à l’identification du meurtrier d’un de ses dirigeants n’avait aucun sens. Intimidée par des messages du quartier général de la CTC apportés par un malfrat notoire, Tosho Unrak, une figure connue du Soleil Noir, elle capitula.

Elle interrompit ses recherches parmi les cellules terroristes et les intellectuels radicaux passés par la Faculté de Corellia et dut relâcher Kessa Oko qui fut étrangement admis dans un lointain centre psychiatrique du continent.

Un lynchage médiatique s’ensuivit car Taduska incarnait l’impuissance républicaine à faire respecter l’ordre même dans les mondes centraux. Détruite, l’enquêtrice démissionna et s’expliqua de ce scandale des années plus tard avec un des administrateurs de la CTC de l’époque, Makaël Akeleno, débarqué lors de l’impérialisation de la corporation. Akeleno, aujourd’hui paranoïaque et reclus dans un loft de Coronet lui a toujours affirmé que jamais personne au siège de la CTC n’avait souhaité freiner les investigations. Pourtant, le département juridique a délivré le message contraire. Qui alors ?

Le comptable

Ravoc et Okanep se rendent quant à eux dans le secteur du Village de Teeno, quartier résidentiel confortable, où est domiciliée la société qui arrose le Syndicat des Mineurs d’Inyusu Tor et finance ainsi leurs violentes exactions. Un immeuble anonyme de métal gris et de vitres brouillées s’élance vers le ciel nuageux et s’enfonce dans les profondeurs colorées de Coronet. De larges et vertigineuses passerelles en transpacier convergent vers une place et une fontaine où trônent des statues immenses de héros de la conquête spatiale si chère à Corellia. La zone est animée, bourdonnante de speeders et familles vociférantes, employés de bureau et touristes de toutes races se croisent, le nez levé sur les holovids qui envahissent les rues et les vitrines. Un ascenseur aux airs de monte-charge dessert la tour où se cache Kalum Talender, bourrée de consignes et de bureaux minuscules. A l’étage de la société Teeno Conseil, les portes s’ouvrent sur un couloir à la moquette épaisse et aux tapisseries tape-à-l’oeil et désuètes. Des gardes en armure et blasters lourds gardent une unique porte. Un piège ou un boulevard, selon le point de vue. Okanep et Ravoc exigent de parler à Kalum Talender et se montrent menaçants, sans succès, avant de quitter les lieux pour envisager un autre angle d’attaque. Ils retrouvent Dal Una et Eena Draff revenus de Marotaï pour finir le boulot.

Le chasseur de primes protégeant Kalum Talender.

Le comité d’accueil s’est musclé entre temps, alerté par l’attitude de Ravoc et Okanep : quatre gardes et plusieurs chasseurs de primes, dont un impressionnant Trandoshan équipé d’un lance-flammes. Les tirs fusent dans ce couloir ridiculement étroit. Rafales de blasters, grenades, coups de vibro-hache et pouvoirs de la Force répandent immédiatement le chaos et dévastent les lieux. Okanep est mal en point et l’issue du combat n’a rien d’évident. Mais la défaillance opportune du lance-flammes du Trandoshan, la récupération providentielle d’Eena Draff et les ravages de la vibro-hache de Ravoc permettent de changer la donne. La mercenaire Keera, blessée, s’enfuit, partageant l’ascenseur avec Okanep : tous deux décident de remettre à plus tard le combat qui n’a plus guère de sens désormais. Maîtrisé, le Trandoshan est également relâché et il reconnaît la beauté du geste qui honore ses adversaires au nom du code des chasseurs de primes. Il livre le nom de son employeur, Tosho Unrak. Le truand qui avait conduit il y a près de 30 ans Dana Taduska à abandonner son enquête sur Justice.

Surtout, l’équipe du Shark capture le comptable, Kalum Talender, un humain médiocre aux goûts sophistiqués, apeuré et fatalement collaboratif. Il déballe ce qu’il sait : il assure depuis longtemps des transferts d’argent depuis la Corporation Technique Corellienne vers des cellules terroristes via une nébuleuses de petites sociétés écrans. Depuis près de 28 ans à vrai dire, dès la disparition de la Flèche de Talus. Oui, la CTC finance les terroristes et Talender sait que ces manœuvres font partie d’un certain « Projet Vigie » mais il ne saisit pas pourquoi. Il a toujours agi pour les plus hautes instances, à savoir le service juridique de la CTC représenté par Elem Norssen, en charge du projet et par ailleurs proche conseiller financier de la famille Nesh. Et depuis trente ans, Tosho Unrak est en charge de la sécurité du projet. Le malfrat du Soleil Noir est partout, au plus près de la CTC et, incidemment, de Justice.

Talender affirme que les virements ont cessé depuis quatre ans. Il a reçu l’ordre direct du BSI d’interrompre ces versements. Alors que la CTC a ordonné la mise en place de financement des terroristes qui ont tué l’un de leurs patrons, c’est l’Empire qui y met fin. Peut-être cela a-t-il un rapport avec le fait que Talender dispose dans son bureau d’un équipement holonet impérial officiel, une prérogative normalement réservée aux administrations impériales ? Un nom revient : Elem Norssen, conseiller des Nesh, responsable du projet Vigie, représentant du service juridique de la CTC. Aujourd’hui officier du BSI…

Extinction

L’affaire sent étrangement le roussi. Le Shark et le X-wing passent en orbite proche pour éviter les représailles des sbires de Tosho Unrak et s’arracher à l’atmosphère de plus en plus pesante sur Corellia. D’autant qu’Eena Draff est assaillie depuis plusieurs heures par des sensations troubles et de sombres pressentiments. La conduite à tenir est discutée âprement dans le transport léger quand soudain les senseurs s’illuminent, les alertes de proximité hurlent et l’ordinateur crache un flot de messages de procédures d’urgence.

Une masse de métal colossale avale l’horizon de Corellia, une flèche monstrueuse blanche comme un ossement. Le Devastator.

Le Devastator

Dal Una se raidit, reconnaissant le nom du vaisseau amiral du fléau de Palpatine et Eena Draff est traversée d’un éclair glacé. C’est le mal incarné qui souffle puissamment dans ce destroyer.

Alors que les chasseurs TIE jaillissent du bâtiment et sécurisent la zone, Okanep expédie le Flying Shark vers la première destination qui lui vient à l’esprit. Hoth. La base rebelle en construction. Panique.

Pourtant, le Devastator ne reparaît pas dans le système Hoth et l’équipe du Shark, après avoir sérieusement envisagé que Vador ait été attiré par la présence d’Eena Draff, finit par relâcher la pression. L’arrivée de Vador est sans doute un hasard. Toujours est-il que le Shark fait route vers Nar Shaddaa, la lune des contrebandiers, et l’équipe est accueillie avec empressement par Karel, le Togruta au service de Durga le Hutt qui les invite avec insistance.

Durga Besadii Tai, Vigo du Soleil Noir

L’équipage trouve en Durga le Hutt une oreille étrangement attentive à l’histoire de Justice, des cellules terroristes et surtout l’implication de Tosho Unrak. Il se délecte du fait que Tosho, qu’il semble connaître depuis longtemps, se soit retrouvé dans une affaire de terrorisme où l’Empire n’est pas loin. Il se gausse de reconnaître dans le Trandoshan au lance-flammes un certain Bossk. Il savoure chaque mot de l’équipage et semble en peser les mystérieuses conséquences. S’ensuit une envolée assez inattendue sur le fait que la galaxie atteint ses limites et que les extrêmes la conduiront à sa perte. Hégémonie impériale et tours de force de l’Alliance rebelles que Durga voit comme des terroristes, rien de tout cela n’est bon. Ce n’est pas une question de jugement de valeurs, mais d’opportunités. Cette tension formidable au sein de la galaxie est susceptible de ne se résoudre qu’en laissant derrière elle un champ de ruines. Il appartient à ceux dotés d’une vision supérieure, de patience et de pondération d’analyser où va la galaxie afin d’obtenir une place méritée dans le nouvel ordre qui naîtra du chaos.

Durga qui n’avait jusqu’ici plus aucun rapport avec cette affaire revient dans la course avec un empressement surprenant. Il financera les coûteuses modifications du Flying Shark si l’équipage lui ramène Tosho Unrak, prêt à passer aux aveux pour ses activités avec la CTC.

Durga révèle alors où se cache Tosho Unrak et fournit ses coordonnées dans les profondeurs de l’avant-poste commercial de l’Anneau de Kafrene.

Anneau de Kafrene

Ainsi, le Hutt invite l’équipe du Shark à un rapprochement qui dépasse les simples intérêts financiers du moment mais peut jeter les bases d’une association durable susceptible de survivre au désordre galactique qu’attend Durga avec une impatience fébrile. Il ne cherche plus des hommes de main mais des alliés.


La figure rigide d’un officier de la Marine impériale aux cheveux gris, mains serrées dans le dos, ses yeux clairs hésitant à quitter le sol. Le hologramme bleuté crépite et fluctue, indiquant la grande distance de l’émission jusqu’aux quartiers de commandement du vaisseau capital.

« Nous poursuivons les recherches en Zone d’Expansion et scannons systématiquement les mondes forestiers et humides. Nous sommes convaincus que les rebelles essaieront d’exploiter leur expérience  acquise sur Yavin IV. Nos calculs indiquent de fortes probabilités pour que la nouvelle base de l’Alliance soit en cours de déploiement dans ce type d’environnement.

– Vos calculs, Amiral, sont des entraves. Déployez nos forces d’exploration le long de la Voie Marchande Corellienne et élargissez le spectre de vos recherches.

– Cela représente des centaines de systèmes depuis les mondes centraux jusqu’au secteur Anoat. Nous mettrons des mois, peut-être des années si nous ne savons pas ce que nous cherchons.

–  Les rebelles ont plus de ressources que ce que vos probabilités suggèrent. Mais la Force est attentive au moindre faux pas.

– Bien… Bien, seigneur Vador. »

La communication s’interrompt et le seigneur Vador se tourne vers le mince croissant éclatant qui enserre la face nocturne de Corellia, son masque impassible réfléchissant les lueurs des centaines de vaisseaux civils immobilisés autour de sa sombre présence.

Un son traverse son esprit, encore indéchiffré. La plainte lugubre d’un vent glacial dans une brume immaculée.

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